Sortir à Strasbourg et à Freiburg pour mieux… entrer en philosophie

Ce printemps, à Strasbourg, plusieurs classes ont assisté à une représentation théâtrale du Phédon de Platon. Socrate fut condamné à mort à l’issue d’un procès légal, mais injuste : on lui reprochait de critiquer les opinions les plus répandues et la religion politique d’Athènes. Pour apaiser le chagrin de ses disciples et ses propres angoisses, il tente alors de démontrer l’immortalité de l’âme humaine : la connaissance des Idées Universelles ne peut se produire que dans un esprit qui échappe aux particularités de la matière. Visiblement il ne convainc personne et nous a laissés sur notre faim au point que j’ai repris ce thème pour la trente-septième conférence des « pauses philo » !

L’après-midi, accompagnés par MM Meyer et Duverger, certains élèves de T.2 et de T.3 sont allés visiter le Conseil de l’Europe, tandis qu’un petit groupe rencontrait deux personnalités travaillant au cœur des Institutions européennes strasbourgeoises. M. Puppinck nous a reçus au siège de la fondation qu’il dirige afin de nous rappeler notamment pourquoi ces institutions ont été fondées au lendemain de l’épouvantable Seconde Guerre Mondiale. Les pires exactions avaient pu être commises au nom de la souveraineté des États-Nations voire même au nom de la légitimité démocratique. Il fallut donc recréer un contrôle supra étatique jadis garanti par la papauté désormais impuissante. L’ECLJ se bat pour la défense de l’objection de conscience et pour les droits de l’homme, par exemple pour la libération du Pasteur Brunson incarcéré en Turquie.

Ensuite, grâce à une invitation personnelle d’un des 47 juges de la Cour européenne des Droits de l’Homme, nous avons pu entrer dans cette instance à l’accès « hyper limité ». Le juge polonais Krystof Wojtycek nous a parlé durant une heure et nous a expliqué par exemple la différence entre norme et principe et la manière dont peut être saisie la CEDH. Les législations nationales ne peuvent limiter les libertés individuelles que lorsque c’est indispensable au Bien Commun.

Un mois plus tard, avec Mme BUTSCHER, les T.6 et les 1res L, nous sommes allés à Freiburg visiter l’Université et la Bibliothèque de philosophie avec un brillant chercheur qui nous a longuement parlé de la phénoménologie et de Heidegger en abordant aussi les aspects les plus controversés. Ensuite nous sommes montés jusqu’à Todtnauberg où Heidegger méditait en marchant et reçut Hannah Arendt, ainsi que de nombreux poètes et philosophes : nous nous sommes un peu perdus dans les « Chemins qui ne mènent nulle part », les Holtzwege… peut-être pour mieux nous retrouver. Vive la philosophie !

Pierre LABROUSSE