Conférence « Après 1918, l’Alsace heureuse ? »

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, les classes de 3e  Newton, 3e Lavoisier, 3e Edison, 2de4, 1re2 ainsi que les élèves suivant l’option LRA-LCR ont assisté le vendredi 9 novembre 2018 à une conférence sur le thème du retour de l’Alsace à la France en novembre 1918. Cette conférence a été organisée par M. Danner et M. Kieffer, professeurs d’Histoire-Géographie, qui ont invité M. Claude Muller, Directeur de l’Institut d’Histoire de l’Alsace à l’Université de Strasbourg.

Dans une rapide introduction, M. Muller a rappelé l’histoire particulière de notre région, annexée à l’Allemagne par le traité de Francfort de 1871 et donc allemande au début de la Grande Guerre. L’Alsace est immédiatement le théâtre de combats violents entre armées française et allemande : le 24 août 1914, Colmar est prise pour quelques heures par les Français, avant que les Allemands ne chassent les troupes françaises jusqu’au sommet des Vosges. Le front se stabilise alors pratiquement jusqu’à la fin du conflit. Deux batailles sanglantes se déroulent néanmoins en 1915 : le Linge et le Hartmannswillerkopf.

Début novembre 1918, un courant révolutionnaire secoue toute l’Allemagne et provoque l’abdication du Kaiser Guillaume II le 9 novembre 1918. Le lendemain, des groupes de soldats mutins prennent le pouvoir pour quelques jours en Alsace et créent des « Soviets » d’inspiration communiste dans de nombreuses villes, dont Colmar. Quant à l’Armistice, il est signé le 11 novembre 1918 à Rethondes et entre en vigueur ce même jour à 11h. Mais en Alsace-Lorraine, l’agitation est à son comble et le drapeau rouge révolutionnaire flotte même sur la Cathédrale de Strasbourg pendant plusieurs jours. Des violences sont commises à l’encontre des symboles de l’empire allemand comme les statues équestres des empereurs qui sont détruites à Strasbourg ou à Metz. L’arrivée des troupes françaises est donc accélérée afin de rétablir le calme dans la région.

À Colmar, les Français commandés par le Général Messimy arrivent le 18 novembre 1918 et défilent dans une ville entièrement recouverte de drapeaux tricolores. Le 22 novembre, c’est le Général de Castelnau, ancien combattant de 1870, qui fait son entrée : il est magnifiquement accueilli par une population très enthousiaste et par de nombreuses jeunes filles en costume alsacien. Colmar a également le privilège de recevoir Raymond Poincaré, Président de la République, et Georges Clémenceau, Président du Conseil, le 9 décembre 1918. Le plébiscite du retour de l’Alsace à la France est donc fait grâce à l’accueil très chaleureux de la part de la population civile.

Mais très vite, les autorités françaises commettent de nombreuses erreurs. Tout d’abord, ils effectuent un « classement » de la population résidant en Alsace d’après leurs origines en accordant des cartes d’identité de différents modèles : A, B, C et D. Les Allemands d’origine, ayant obtenu la carte D, sont rapidement expulsés vers « leur pays natal », de l’autre côté du Rhin. Malgré les versions idéalisées dues au dessinateur francophile Hansi, ces expulsions sont en fait très rudes et les Allemands ne peuvent emmener que 30 kg de bagages. Un autre problème survient à l’école, car du jour au lendemain, les cours se passent en langue française alors que les jeunes alsaciens ne parlent pratiquement que l’allemand : c’est une totale incompréhension de la part de la population civile. Enfin, dans le domaine religieux, l’Évêque de Strasbourg, Mgr Fritzen, un Allemand, doit démissionner et est remplacé par un Évêque Français : Mgr Ruch.

Pour finir la conférence, la mémoire de la guerre est rappelée. Elle est encore très présente en Alsace par les anciens champs de bataille conservés et sanctuarisés, mais aussi par de très nombreux monuments aux morts rappelant, en Alsace, que la grande majorité des morts est tombée sous l’uniforme de l’empire allemand. De nombreux documents et photos d’époque sont d’ailleurs encore conservés précieusement dans les familles et ont été ressortis de l’ombre à l’occasion de ce parcours mémoriel qui a jalonné la commémoration du centenaire de la guerre entre 2014 et 2018.

Justine Kalt et Florian Kleindienst – 3e Lavoisier

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